Notre trekking en Patagonie dans la région de El Bolson

Lundi 28 Novembre / Jour 50 : Bariloche > El Bolson – 1h30 de bus

Si les blogs déconseillent fortement l’auto-stop depuis les grandes villes, nous tentons malgré tout notre chance depuis Bariloche, en essayant de nous excentrer un peu.. en vain. « Allez Solène, arrête de faire la têtue, on va prendre le bus jusqu’à El Bolson! »

Deux heures plus tard, nous voilà arrivés à El Bolson. C’est un couple hippie d’une cinquantaine d’années qui nous accueille dans leur joli petit chalet à quelques pas du centre ville, pour 3 jours, avant d’attaquer une nouvelle mission de volontariat. Une mission qui cachera d’ailleurs de belles surprises, une fois de plus 🙂

Les dreadlocks et l’attitude ultra zen du couple annoncent la couleur. Pas de doute, nous sommes bien à El Bolson : la ville hippie de la Patagonie.

On file faire un tour dans le centre ville et coup de bol, nous tombons sur le jour de la Feria Regionale (marché des artisans). C’est un peu l’événement dont tout le monde parle ici. Trois fois par semaine, artisans et paysans de la région viennent exposer des stands de fruits et légumes, plantes, bières artisanales, miel pure de la cordillère, bonbonnes de maté sous toutes ses formes, vêtements hippies mais aussi et surtout bibelots en tout genre. Le tout dans une ambiance plus que décontractée. Les dreadlocks sont visiblement à la mode ici. « Non Marc, tu ne vas pas te faire de dreadlocks !  »

Bon, une fois que tu as fait le tour de la Feria, tu as un peu fait le tour de la ville. Heureusement, la nature et la cordillère des Andes qui nous entourent offrent l’embarras du choix en terme d’activités. Nous opterons pour un trekking de 4 jours au départ de El Bolson. Mais avant l’ascension, nous rejoignons Simon dans les hauteurs à 16km au nord de El Bolson pour une mission de volontariat.

Jeudi 1 Décembre / Jour 53 : volontariat à la ferme de Simon

Plein d’énergie, quoi qu’un peu malade du côté de Solène, nous arrivons dans la ferme de Simon, un argentin/anglais célibataire de 29 ans à la chevelure de Raiponce. Simon a repris les terres de son père Mike avec qui il vit pour en faire une exploitation agricole spécifique. En effet, il nous explique en long et en large, et en anglais aussi (ouf!), son projet de permaculture. Alors qu’est ce que la permaculture les amis? Et bien c’est une technique d’agriculture qui répond à une philosophie centrée sur la nature, qui dit non aux machines en faveur d’une union entre la flore et la faune ; seul moteur de prolifération. Cette technique casse les codes de l’agriculture traditionnelle. Par exemple, elle utilise les animaux pour travailler la terre au détriment des machines. Simon s’est d’ailleurs procuré deux cochons pour faire le travail à sa place. Autre exemple, on ne cultive pas de manière linéaire avec une rangée de carottes d’un côté et une rangée de tomates de l’autre (monoculture) mais de manière circulaire en mélangeant les différentes familles de légume. Ainsi, les carottes poussent avec les tomates (polyculture). Bref vous l’aurez compris, notre Simon est un peu le Jim Morison de l’agriculture. Et si vous souhaitez en savoir plus, Google est votre ami 🙂

Nous passons donc cette première journée à visiter, comprendre et apprendre ce type d’agriculture mais aussi à « chiller » (NDLR : se détendre). Mike insiste pour que Solène nous joue un petit morceau de guitare. Quoi, on ne vous a pas dit que Solène était une guitariste confirmée ? Si si, elle a un si gros niveau qu’elle nous joue toujours ce même et seul morceau qu’elle a appris depuis 2 ans… Mais qu’à cela ne tienne, c’est toute fière qu’elle sort sa gratte histoire de quelques minutes 😉

Si Simon a adopté ce style de vie, seul au milieu des montagnes, sans voiture, sans internet dans une maison à moitié construite, sans fenêtre ni matelas, à des heures à pieds de la ville et du premier supermarché, avec pour seul contact social son voisin, c’est qu’évidemment cette vie ne coûte pas grand chose, mais surtout qu’elle ne nécessite pas beaucoup de travail. Il nous l’a répété plusieurs fois : « je ne bosserais pas si c’était pour faire de l’agriculture traditionnelle. C’est trop de boulot contrairement à la permaculture qui nécessite beaucoup moins de travail de la part de l’homme ». Dis donc notre Simon ne serait pas un peu feignant ?

Allez ne soyons pas si durs avec lui. Après tout, il a peut-être connu une terrible séparation ou drame familial qui l’a rendu si solitaire. Curieuse comme tout, Solène meurt d’envie d’aborder le sujet de la famille et de l’amour mais Marc l’en dissuade. « Bon d’accord… »

Ce qui est sûr, c’est que nous n’avons pas grand chose en commun. Nous qui rêvons de construire une famille entourés de nos amis et de nos familles respectives. Ok, ce sont peut-être les fêtes de Noel qui parlent 😀

Quoi qu’il en soit nous avons hâte de commencer le travail de fermier et nous terminons cette journée par un asado sous un magnifique ciel rempli d’étoiles avec au menu saucisses de chorizo. Marc en salive encore.

Nous passons ensuite l’une des nuits les plus glaciales de l’histoire dans notre tente, ce qui n’arrangera en rien l’état de Solène. Dormir avec un duvet +15° quand il fait 0° et bien ça fait mal, très mal. Quelle idée en même temps d’avoir fait ce genre d’achat avant d’aller passer des mois en Patagonie ! Nous croiserons plus tard un autre couple de français qui a fait la même erreur. Ouf, on se sent moins ridicules !

Malgré tout, nous nous attelons au programme de la journée : jardinage et ratissage de la terre, le tout, en plein soleil. S’il peut faire 0° la nuit, il peut faire 30° la journée. Mais à la limite, ce n’est pas ce qui nous a le plus dérangé. En revanche, se faire attaquer par des dizaines de taons toutes les 5 minutes nous a bien agacé. Six semaines par an, cette grosse mouche suceuse de sang ou « horse fly » se développe et attaque tout être humain sur son passage. Manque de bol, ça tombe sur nous. La technique est donc de ne plus bouger, d’attendre qu’elles se posent sur vous, de les tuer et de répéter le geste autant de fois que nécessaire, c’est-à-dire toutes les 5 minutes. L’enfer ! Après avoir remué la terre et transpiré de 9h à 14h non stop, nous nous réjouissons quand Simon nous autorise enfin à manger un bout. « Simon, tu ne manges pas ? » « Oh non je ne mange jamais le midi » « Mais tu n’as rien mangé non plus ce matin! » Est-ce là l’un des symptômes de l’herbe qu’il fume dès son réveil à jeun et toutes les 30 minutes ensuite? Certainement.

En ce qui nous concerne, 6h de travail non stop ça creuse. On pense en avoir fini pour la journée puisque notre contrat est de 5h/jour 5 jours par semaine. Mais non! En fin d’après-midi, Simon nous embarque avec lui pour encore 4h de travail jusqu’à 21h30. Solène n’arrête pas d’éternuer et développe un mal à la tête. Nous avons tous les deux des ampoules aux mains et une folle envie d’enfourcher Simon quand nous lui demandons si c’est bientôt fini et qu’il nous répond « non non j’aimerais qu’on finisse encore de ratisser tout ce champ ». Si notre patience a des limites, nous les avons atteintes. Entre la fatigue, la maladie, les ampoules comme fruit du travail acharné, les taons et la non reconnaissance de Simon, nous sommes à bout. Si on fait du volontariat, c’est pour l’expérience humaine et certainement pas pour se faire exploiter. Nous mettrons donc les voiles le lendemain matin pour El Bolson et passerons la nuit dans une cabane bien charmante histoire de récupérer avant nos 4 jours de trekking.

Mercredi 7 Décembre / Jour 59 : organisation trekking

C’est bon, nous avons la nourriture et l’équipement nécessaire pour 4 jours d’ascension jusqu’aux célèbres glaciers et canyon qui sillonnent les montagnes. Nous avons en effet fini par acheter un duvet -15° dans un supermarché du coin qui fait certes le triple de volume mais qui nous est plus que nécessaire. C’est parti !

Jeudi 8 Décembre / Jour 60 : 1er jour de trekking – Ascension de 7 heures jusqu’au refuge Hielo Azul

Après 45 premières minutes de marche le long du splendide Rio Azul, rivière cristalline et turquoise, nous arrivons nez à nez face à ce pont en bois qui, comment dire, nous a un peu fait flipper. La pancarte indique qu’une seule personne à la fois ne peut traverser ce pont. Le ton est donné ! Mais c’est tout fou fou que nous nous lançons. On s’éclate. On entend le craquement du bois à chaque enjambée et le pont se balance au fur et à mesure de nos pas. Arrivé au milieu du pont, une latte de bois a disparu… Ok, ne regarde pas en bas, ne regarde pas en bas, ne regarde pas en bas.. et quelques minutes plus tard nous voilà chacun son tour de l’autre coté de la rivière! Ouf 🙂

Allez maintenant il nous reste juste 6h15 de montée. « Non non mais t’inquiète, ce ne sera pas de la montée comme ça pendant 6h » , voilà la phrase que Marc n’a eu cesse de répéter pour nous donner un semblant de courage et d’espoir. Pourtant c’était bel et bien 6h de montée à 70° qui nous attendait. L’image de l’astronaute qui marche sur la lune vous parle? Et bien voilà à quoi nous ressemblions au fil de cette longue et difficile ascension.

À mi-chemin, il suffit de pousser une porte en bois pour atterrir au milieu d’un troupeau de vaches, de quoi nous faire sourire et redonner de la force.

Nous sommes seuls au monde et plongeons dans le bonheur à chaque point de vue panoramique que le parcours offre.

L’arrivée au refuge est un soulagement. La douche dans l’eau des glaciers, un peu moins. Mais ce n’est pas grave car Marc nous prépare un feu de bois juste après, à côté de notre tente. Le temps de manger un bout et de se réchauffer que nous sombrons déjà de fatigue au chaud dans nos duvets.

Vendredi 9 Décembre / Jour 61 : 2eme jour de trekking –  Ascension de 3h (AR) jusqu’au glacier Hielo Azul

Nous avons passé une excellente nuit dans la tente : une première! Quelle bonne idée d’avoir acheté ces duvets. Nous partons gravir le mont Hielo Azul pendant 1h30 pour découvrir une merveille de la nature : le glacier et sa lagune turquoise.

Le retour venteux et vertigineux est plus technique mais offre une vue à couper le souffle.

Flash anecdote : nous retrouvons les démons de notre tente sur les coups de 3h du matin quand une tempête vient nous frapper et, une fois n’est pas coutume, l’eau s’infiltre dans la tente. Mais, mais, mais .. SuperMarc sort en caleçon braver la tempête, et vole une bâche par dessus le bois des propriétaires pour nous faire un troisième toit. Un coup de génie 🙂

Samedi 10 Décembre / Jour 62 : Refuge Hielo Azul > Refuge Cajon del Azul – 4h de marche

Après cette courte nuit, difficile de repartir à tout allure d’autant plus que les jambes sont encore en compote de l’avant-veille. Toutefois nous nous armons de courage en compagnie d’une charmante Argentine rencontrée au refuge la veille pour commencer cette troisième journée de trekking sous la pluie. Sans regret, car le paysage jusqu’au vertigineux canyon de l’Azul vaut le détour.

À défaut de pouvoir faire du feu en cette dernière soirée, c’est une partie de bataille corse qui viendra nous enflammer.

Dimanche 11 Décembre / Jour 63 : Refuge Canjon del Azul > Warton > El Bolson – 4h de marche + auto-stop

Il est maintenant temps de rentrer! Et on ne va pas vous le cacher, nous sommes contents. Ces derniers jours auront été intense tant physiquement qu’émotionnellement. Nous en avons pris plein la vue, c’était magique. Nous étions en total déconnexion du monde extérieur pendant ces 4 jours et nous avons appris à nous divertir le soir sans rien ou presque. Que ce soit autour du feu ou d’un jeu de carte, nous avons réalisé l’importance que nos familles et amis représentaient. Solène a même versé une larme rien qu’en pensant aux retrouvailles avec sa sœur Zazie.

Mais c’est aussi vous qui nous donnez la force de continuer cette expérience si riche humainement. Rien de tel que quelques petits messages, facetime et une bonne douche chaude en rentrant pour nous ressourcer et repartir à la découverte de la Patagonie Chilienne.

A très vite,

On vous embrasse très fort,

So & Marc


5 réflexions sur “Notre trekking en Patagonie dans la région de El Bolson

  1. Bel article! Votre aventure est magnifique , continuez à en profitez… pas facile, ces périodes de fêtes de fin d’année où la famille vient à manquer… ne vous inquiétez pas vous aurez le temps de vous rattraper.

    Aimé par 1 personne

  2. Vous allez avoir des muscles en béton !
    Par contre les travaux manuels c’est pas pour vous…
    Vous pourrez faire des viaferratas en rentrant!
    Que la nature est belle…difficile de retourner dans une grande ville après ce voyage!
    À bientôt
    Bisous

    Aimé par 1 personne

  3. Hello les trotteurs !!
    Bien vendue la permaculture !!! petit malin ce Simon 🙂 Comme le cochon ne résiste pas à la carotte, il fait comment ce Simon pour l’en dissuader ? Un cigarillo ?
    J’ai particulièrement aimé ce périple dans les Andes, car, en plus de la beauté des lieux, vos performances physiques sont exemplaires, surtout toi Solène ; j’ai l’impression que vos sacs à dos sont de plus en plus lourds, non ?
    Mais comment ne pas craquer devant les étalages hippies, il me semble avoir reconnu des grigris indiens, et puis ce « miel pura » était tellement tentant.
    Vos photos sont magnifiques et permettent vraiment de visualiser tous ces beaux endroits. Marc, tu fais « homme des bois » et tu donnes l’impression que tu es chez toi, là-bas. Eh, on t’attend, nous !!
    Encore merci pour votre partage.
    Bisoussss et toujours prudence,
    Yrmum89

    Aimé par 1 personne

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