Patagonie : la région des lacs (Partie 1/2)

Mercredi 16 Novembre / Jour 38 : Puerto Madryn > Dalavon en auto-stop

Nous admirons une dernière fois le lever de soleil avant de quitter la Péninsule Valdès. Pour rappel, camping sauvage oblige, nous attaquons notre troisième journée sans douche. Inutile de vous dire à quel point l’idée de prendre une douche bien chaude et de dormir dans un lit nous hante. Et pourtant, nous gardons le sourire puisque nous avons maintenant rendez-vous dans l’une des plus belles régions du monde, celle des lacs de la Patagonie. 

Il nous reste trois jours pour atteindre le refuge de Juan situé à plus de 850 km à l’ouest du pays, non loin de San Martin de los Andes dans la cordillère des Andes. C’est là-bas que nous sommes sensés effectuer notre première mission de volontariat. Oui « sensés ». Le choix des mots a toute son importance et vous comprendrez pourquoi en lisant la suite. 

Une fois n’est pas coutume, nous y allons « a dedo », comme on dit ici. D’ailleurs, si vous avez manqué nos premiers pas en auto stop, c’est par . 

Nous décidons alors de prendre la route 3 en direction du sud jusqu’à la grande ville de Trelew pour ensuite prendre la 25 direction l’Ouest et finir par la célèbre Ruta 40 (qui traverse toute l’argentine dans l’axe nord-sud) en empruntant la fameuse route des 7 lacs jusqu’à destination.  

C’est le moment du décompte de toutes nos belles rencontres en auto-stop.

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Commençons par Mathias, ce jeune argentin si adorable qu’il nous déposera à la sortie de Trelew, sa ville natale, sur la route 25 direction l’Ouest pour notre plus grand bonheur. Et oui, il faut savoir que l’ennemi de l’auto-stoppeur est la grande ville car il est très difficile, et parfois, dangereux, d’en sortir. Mathias nous fait donc cette faveur et sa générosité ne s’arrête pas là puisqu’il postera une photo de nous trois sur ses réseaux sociaux par la suite. Une perle ce Mathias !

Bon d’accord, on n’a pas arrêté de faire l’éloge de son pays ; et dieu sait que les argentins sont chauvins. Enfin pas tous. Chula, par exemple, est si humble, drôle et mignon que Solène en est tombée amoureuse. Quel bonheur de tomber sur un chauffeur pareil :  

Blague à part, Chula et son maître Eduardo font partie de ces rencontres qu’on n’oubliera pas de si peu. Ce retraité de 80 ans originaire du petit village de Gaiman nous aura fait parcourir 10 km en 3h… Oui, oui en 3h. Je vous laisse imaginer un peu la tête de Marc. Mais si nous avons mis autant de temps, ce n’est pas parce qu’il roulait lentement mais parce qu’il a tenu à nous faire visiter le village, sa demeure et son jardin rempli de cerisiers. Comme beaucoup de vieux villageois, il prend un plaisir à nous raconter sa vie et l’histoire de son village d’ailleurs connu pour sa maison de thé visitée par Lady Di en 1995.

Bref cette rencontre insolite s’achève avec émotion quand Eduardo offre à Solène des pantoufles en laine faites maison. Trop contente d’autant plus, qu’ici, les températures ont tendance à chuter le soir!

Nous continuons la route en compagnie d’un avocat argentin. Pick-up, sièges baquets, écran LCD intégré, costume bien taillé… le ton est donné ! Il nous emmène jusqu’à Dalavon, un autre petit village à quelques kilomètres de Gaiman. Souriant et très curieux de notre projet, il nous dissuade de continuer l’auto-stop en cette fin de journée et nous convainc de passer la nuit gratuitement dans un refuge qu’il connaît bien avec en prime des douches pourvues d’eau chaude. À peine avait-il prononcé les mots « ducha con agua caliente » que nos yeux se sont illuminés. Encore une fois, nous sommes touchés par la bienveillance de ces argentins. 

Le responsable des lieux nous confie la clé de ce refuge au charme très rustique. Excités comme deux puces, nous jetons les sacs et filons, ni une ni deux, sous la douche. OH MON DIEU! L’orgasme. ll n’y a pas d’autres mots pour expliquer ce qu’on ressent. Pas de doute, c’est la meilleur douche de tous les temps. Solène en oublie même la présence des araignées. C’est vous dire. La soirée continue sur le thème du plaisir avec un petit verre de vin rouge et du fromage local, presque bon, devant un jolie feu de cheminée préparé par Marc. Nous replierons bagage à l’aube plus requinqués que jamais. 

Jeudi 17 Novembre / Jour 39 : Dalavon > Esquel, toujours en auto-stop

Croisons les doigts et espérons avoir autant de chance que le jour précédent pour cette nouvelle journée de stop. 

Bon départ ! Un premier pick up s’arrête après quelques minutes et nous emmène jusqu’à Las Plumas, 150 km plus loin. Ici, les routes sont si mauvaises qu’ils roulent tous en pick-up avec régulièrement des pets aux pares brises. Mais les routes sont désertes et traversent des paysages magnifiques et variés à perte de vue. Nous apercevons pour la première fois des gauchos sur la route. Pour information, le gaucho c’est un peu le cow-boy argentin ou l’homme libre de la pampa. Ce cavalier dresseur de chevaux est gardien de troupeaux de la pampa sud-américaine. 

Nous voilà arrivés à Las Plumas, village de 605 habitants où nous sommes sur le point d’assister au plus gros flop de l’histoire de l’auto-stop. C’est très simple, de 10h du matin à 16h de l’après-midi nous avons attendu, ri, parlé, mangé du pain de mie (pour changer), joué à « pour combien tu sautes du pont? » (le jeu favoris de Marc), cuit au soleil, pleuré, rejoué au jeu du « combien tu donnes pour avoir un kinder bueno là tout de suite? », fait 20 allers-retours aux toilettes de la station service, bouffé du sable à chaque passage de voiture, perdu patience, crié … bref ce fut les 6 heures les plus longues de notre vie. On s’imaginait déjà installer la tente pour la nuit. Nuit qu’on aurait d’ailleurs classé au top 3 des nuits les plus glauques de notre voyage. Ouf!!! Le destin en a décidé autrement. Pendant que Solène était, pour la énième fois, aux toilettes de la station service, un père de famille en compagnie de sa femme et sa fille s’arrête 100m plus loin et fait signe à Marc de venir ! Coup de bol, il lui propose de faire la route avec eux jusqu’à Esquel. Marc s’empresse alors de charger les affaires sans prendre volontairement la peine d’expliquer qu’il n’est pas seul quand Solène débarque à tout allure. Surprise ! Nous serons finalement trois à l’arrière, au plus grand regret des parents à en croire l’expression de leur visage. On a été un peu coquins sur ce coup là, on vous l’accorde 🙂 

Nous voilà donc assis à l’arrière d’un pick-up en compagnie d’une charmante fillette de 11 ans et son stock de cookies, de quoi rendre fou notre Marc affamé. Vitesse moyenne de 150 km/h, musique de tango à fond les manettes, tatouage de la célèbre équipe de football River Plate sur le bras du papa et le maté de la maman qu’on se fait passer à tour de rôle … tous les clichés de l’Argentine sont réunis et pour notre plus grande joie. Nous traversons 600 km de paysages plus incroyables les uns que les autres et nous arrivons à Esquel vers 20h : un petit havre de paix aux pieds des montagnes. 

Fatigués de ces deux dernières journées d’auto-stop, nous décidons de passer deux nuits ici : une première nuit au camping offrant une superbe vue panoramique sur toute la ville et une deuxième nuit chez l’habitant via couchsurfing. Bien sûr que nous n’avons pas oublié notre première expérience traumatisante (rappelez-vous ici) mais deux mois se sont écoulés depuis et nous souhaitons donner une deuxième chance au couchsurfing. Sans regret, aucun! Bien au contraire, Nahuel et sa famille nous ont accueillis les bras ouverts autour d’un chaleureux petit apéritif suivi d’un excellent dîner cuisiné par la mère. On s’est régalés à tous les niveaux tant gustativement parlant avec ses raviolis champignons sauce crème fraîche maison que socialement parlant. Ces bonnes odeurs de cuisine avec chien et chat qui se chamaillent dans le salon ont rendu l’ambiance si cosy qu’on s’y est presque sentis comme chez papa et maman.

Cerise sur le gâteau : le père de Nahuel prenait la route 40 le lendemain matin en direction du nord de l’argentine, comme nous ! Jackpot. Il nous déposera à San Carlos de Bariloche, après quoi il nous restera un peu moins de 200km à parcourir jusqu’à San Martin de los Andes.  

Samedi 19 Novembre / Jour 41 : Esquel > San Martin de los Andes, encore et toujours en auto-stop

Nous voilà en voiture avec le père de Nahuel en direction de Bariloche. Je ne sais pas si c’est la musique de Nora Jones en fond ou les paysages qui nous font cette effet mais l’émotion est au rendez-vous. On aperçoit les premiers lacs au milieu des montagnes parsemées de fleurs jaunes, oranges ou encore violettes : un mélange de couleurs qui rend ce décors splendide. Un regard entre Solène et Marc suffit pour palper le coup de coeur. On s’imagine vivre ici tous les deux, ouvrir notre boulangerie à la française dans un de ces petits villages… Ah ça fait du bien de se faire des plans sur la comète.

Le décor sera de plus en plus sublime entre Bariloche et San Martin de los Andes sur la route des 7 lacs. Et nous aurons l’occasion de la contempler plus sérieusement, en sens inverse cette fois, quand notre mission de volontariat sera finie. Mais cela fera l’objet de la deuxième partie de l’article. Pour l’heure, la priorité est au volontariat.  

Nous aurons été chanceux en auto stop puisqu’une dépanneuse et un camping car nous emmèneront à destination dans la soirée. Et ce n’était clairement pas gagné! Nous avions comme simple indication de longer le lac Hermoso près de quoi se trouve le refuge. Notre dernier conducteur a eu l’extrême gentillesse de nous y emmener malgré l’heure tardive et l’accès plus que compliqué. 

La soirée vire pourtant au cauchemar dès l’instant où nous arrivons chez Juan. La description précisait qu’il n’y avait pas internet, pas d’électricité et qu’il fallait un bon sac de couchage. Bon, jusque là, ok. Mais dormir dans la saleté et la poussière avec nos amis les mygales (selon Solène), dans des conditions qu’on peut appeler « hardcore » ne fait clairement pas partie du plan. Il fait presque nuit mais même un aveugle se douterait de l’insalubrité de l’endroit. 

Nous pensions trouver un refuge de type auberge avec des « clients » puisque le but du volontariat était d’aider Juan à développer son auberge que ce soit en terme d’entretien, de maintenance, de cuisine ou encore d’accueil. Mais c’est plus un abris pour SDF qu’un refuge de montagne que nous trouvons. Il s’agissait en fait de la « maison » de campagne de Juan ou plutôt taudis qu’il souhaitait aménager à ses temps perdus. Honnêtement, nous l’aurions peut-être aidé un ou deux jours s’il avait montré ne serait-ce qu’un semblant d’intérêt pour nous. Mais ce n’était pas le cas du tout. Il nous a à peine accueillis et le feeling n’est franchement pas passé avec ce rustre vieillard des montagnes. Peut-être aurait-il fallu s’en douter quand il nous a demandé d’acheter notre propre nourriture… Oui car le principe du volontariat de type workaway c’est d’effectuer des taches de volontariat en échange d’un lit et d’un repas. Là, non seulement le repas n’était pas inclus mais c’est comme si le lit ne l’était pas non plus tellement l’endroit était infecté. Nous aurions préféré dormir dehors à la belle étoile que dans son refuge. 

Une famille d’argentins nous apprendra plus tard que nombreux sont les paysans qui utilisent ces sites de volontariat pour exploiter de jeunes voyageurs comme nous. C’est pour cela qu’il faut toujours se renseigner sur les conditions. Cela nous servira de leçon pour la suite… ou pas. 

Allez, il est temps d’en finir et de mettre les voiles. Après quelques heures de sommeil, voire quelques minutes, Marc prend ses responsabilités et explique à Juan que les conditions sont trop extrêmes. Parfois dans la vie, on est amené à se demander ce qu’on fait là? Et bien là, c’est toute la nuit que nous nous sommes posés la question. C’était évidemment la faute de Marc selon Solène.. Vous vous doutez du savon qu’il a reçu. Bref, tournons la page. C’est l’heure du petit déjeuner. Et quoi de mieux qu’un petit déjeuner au bord du magnifique lac Hermoso, seuls face aux montagnes. Quel soulagement et quel bien fou de sentir le soleil chauffer sur la peau après une nuit glaciale et cauchemardesque. 

Nous décidons maintenant de partir en direction de San Martin de los Andes pour ensuite redescendre vers Bariloche pour profiter pleinement de la région des 7 lacs. 

La suite vous fera bien plus rêver dans la deuxième partie de l’article. 

So & Marc


5 réflexions sur “Patagonie : la région des lacs (Partie 1/2)

  1. Salut les trotteurs!
    Bon, je résume, d’un côté un voyage magnifique avec des paysages sublimes, des gens charmants,…
    de l’autre, le côté mission humanitaire, pas terrible…
    En bref, bravo pour les marches, le sac au dos, les nuits sous la tente.
    j’ai entendu le récit d’un marcheur décrivant tout ce que l’on vit et ressent pendant la marche. profond et passionnant.
    Allez, bonne route!
    Bisous,
    Papa

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai l’impression que les kilomètres n’ont pas la même longueur dans ces contrées. Que de routes vers le sud, vers le nord, tous ces endroits ont l’air d’être dans un mouchoir de poche ; j’avoue que faire de l’auto-stop dans ces immensités vides relève de l’exploit. Bravo pour votre ténacité !!
    Cette mésaventure ne vous a pas refroidi, même si la nuit fut glaciale 🙂
    A vous de changer de fusil d’épaule maintenant 😉
    Bonne continuation pour la suite,
    et gros bisous à vous deux.
    Yrmum89

    Aimé par 1 personne

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