En auto-stop jusqu’à Puerto Madryn

Samedi 12 novembre / jour 34 : Buenos Aires > Puerto Madryn : 3h de bus + 35h d’auto-stop + 9h de bus

Comme évoqué ici dans notre dernier article, nous prenons la décision d’aller jusqu’à Puerto Madryn, à 1300km au sud de la capitale, en auto-stop. Sous les conseils avisés de notre copain argentin, Carmelo, nous prenons un « petit » bus de 3h pour nous éloigner de la capitale et atterrir dans un petit bled de la province de Buenos Aires, Las Flores : notre point de départ en auto-stop. Il est alors 10h.

Après trente bonnes minutes de marche, nous décidons de lever le pouce à la sortie d’une station service. C’est la première fois que nous faisons du stop. Nous sommes tiraillés entre excitation et appréhension. Bien que nous ayons épluché plusieurs blogs à ce sujet, nul ne sait à quoi s’attendre sans l’avoir vécu vraiment. En tout cas, une chose est certaine, nous étions préparés pour l’occasion : pancarte de notre destination, marqueur, ongle de pouce limé, tente, et surtout, de quoi nourrir une famille de cinq enfants. Vous connaissez Solène : « Attends, et si nous nous retrouvons perdus au milieu de nul part pendant plusieurs jours ? » Enfin c’était sous-estimer notre destin puisqu’une petite quinzaine de minutes auront suffi pour qu’un pick up s’arrête. Nous faisons la connaissance d’Alberto, un retraité argentin, amoureux de son pays. Nous découvrirons par la suite que tous les argentins sont amoureux de leur pays.

Alberto nous dépose 300 km plus loin dans une station service. Génial. À peine le temps de se faire une tartine de pain de mie confiture en guise de déjeuner qu’un père et son fils acceptent de nous emmener avec eux 400 km plus bas jusqu’à Villa Ventana. Leur destination n’est pas vraiment sur notre route. Elle nous dirige vers le sud, certes, mais en empruntant une route plus déserte. Tant pis, nous prenons le risque de rencontrer des difficultés par la suite. Sans regret, puisque nous faisons une très belle rencontre en nous liant d’amitié avec ces deux habitants de Buenos Aires. Le papa, Fernando, est avocat spécialisé dans les affaires criminelles et nous explique que pour se déconnecter, le sport est son meilleur ami. On le comprend. Il part donc courir un marathon dans les montagnes du sud de la province de Buenos Aires avec son fils, Ramiro, de 23 ans. Après avoir raconté nos vies respectives, et surtout, bien rigolé, (qui a dit que les avocats n’étaient pas funs ?), traversé de très beaux paysages au milieu des montagnes, nous arrivons en fin d’après-midi. Fernando nous propose de visiter le village et déguster du saucisson et fromage de la région en leur compagnie. Comment refuser ? Nous passons un bon moment. Le village est super mignon. Tellement mignon que nous décidons d’y planter la tente une nuit avant de reprendre le stop demain. Notre rencontre ne s’achève pas là puisqu’ils nous invitent à passer le reste de la soirée avec eux autour d’une bonne bière artisanale. Nous ne nous revenons toujours pas de leur gentillesse et générosité. Nous prendre en auto-stop c’est une chose, mais partager leur journée et soirée en est clairement une autre. Ils l’ont fait avec un tel coeur que nous partons nous coucher remplis d’émotions, les étoiles dans les yeux. Enfin ça c’était avant la tempête qui allait frapper le village et plus précisément notre tente.

Vous a-t-on dit que notre tente était fragile ? Et oui, un de nos plus grands regrets aura été de ne pas avoir investi dans une tente à bon rapport qualité/prix chez décathlon quand nous étions en France. Mais bon à l’époque nous étions loin de nous imaginer faire du stop dans le sud de l’Argentine.. Oui parce que si nous avons décidé d’acheter une tente, c’est essentiellement pour le stop. Ici, qui dit stop dit camping dans les stations services. À côté des pompes à essence ? Heureusement non, ici les stations services sont au milieu de la pampa et offrent donc, pour la plupart, un terrain dédié. Nous devions donc acheter une tente, sauf que trouver une tente de qualité à petit prix en Argentine, c’est tout simplement mission impossible. Comme il n’existe pas de Décathlon ou de spécialistes équivalents, soit vous mettez le prix fort dans une tente de marque type Montagne ou North Face, soit vous n’avez pas le budget, comme nous, et vous optez pour une tente premier prix, à 60€ tout de même, dans une petite boutique « boui-boui » de quartier. Bon choix quand on décide de camper dans son jardin mais pas quand on part à l’aventure faire du camping sauvage en Patagonie! Enfin, le mal est fait, nous verrons bien jusqu’où notre tente nous mènera 🙂

Tout ça pour dire que nous avons passé une nuit terrible sous notre tente par temps venteux, orageux et froid. Outre la puissance du vent qui s’acharnait à ce qui faisait office de toit, les trombes d’eau s’infiltraient dans la tente. Hum, je vous laisse imaginer la nuit que nous avons passée…

Ouf il est 6h et l’orage laisse place au soleil levant. Allez debout et une bonne douche chaude pour tout oublier, nous disions-nous. C’était sans compter sur le chauffe-eau hors service. Donc quoi de mieux qu’une douche glacée pour clôturer ce chapitre. Vous apprendrez plus tard que ce sera la dernière des douches avant trois jours…

Notre deuxième journée d’auto-stop commence. Nous croisons des chevaux sauvages avant de rejoindre la route principale. Solène accepte de partager un peu de son pain avec eux. Nous arrivons sur la voie rapide. C’est une petite route à 37km de l’autoroute principale. La chance de se faire prendre ici est assez mince. Pourtant au bout de cinq minutes, un pick up s’arrête. Est-ce la chance innée de Marc ou bien le hasard? En tout cas nous faisons la connaissance éclaire d’un couple argentin très charmant qui nous avance 30km plus loin.

Bon là par contre, c’est le néant. Le peu de voitures qui passe ne s’arrête pas en dépit de leurs signes amicaux. Nous voilons donc, pour le coup, au milieu de nulle part, avec, encore et toujours, une boite de pâté et du pain de mie en guise de déjeuner. Après 1h d’attente nous décidons de marcher les 7km qui nous séparent de l’autoroute. Nous aurons plus de chance là-bas. Nous marchons près de 2 heures en plein soleil avec nos gros sacs à dos. C’est dur mais c’est l’aventure avec un certain sentiment de liberté donc nous le faisons avec sourire ! La chance innée de Marc opère une nouvelle fois puisqu’un guide argentin, Emiliano, s’arrête et nous emmène à la moitié de notre parcours jusqu’à Bahia Blanca à bord de son vieux combi des années 80. Comme toujours, Marc s’assoit devant pour faire la parlote et Solène s’installe sagement dans le transat arrière faisant office de siège. Encore une belle rencontre à notre tableau.

Nous arrivons à Bahia Blanca en fin d’après-midi. Après une visite express de la ville, Emiliano nous dépose à la gare routière et nous dissuade de faire la suite en auto-stop car, au même titre que Buenos Aires, il n’est pas recommandé de faire du stop dans les grandes villes. Nous l’écoutons sagement et nous prenons un bus de nuit pour la deuxième moitié de notre périple. Bon, pour être complètement honnête, cela nous arrange car nos premiers 600 km d’auto-stop ont été très éprouvants. En effet, ces dernières 35h nous ont demandé beaucoup d’énergie ; de la patience, bien sûr, au grand désarroi de Marc, de la force physique pour marcher des heures en plein soleil chargés comme des ânes, de la concentration pour apprendre, comprendre et parler l’espagnol, mais surtout pour ne pas s’endormir et échanger avec les chauffeurs, et ce, pour le plus grand bonheur de Solène. Pour ceux qui ne le savent pas, Solène s’endort, en moyenne, au bout de 10 secondes en voiture. Une chose est sûre, ce fut une expérience incroyable et si riche humainement qu’elle marquera notre vie à tous les deux. On voulait sortir de notre zone de confort, rencontrer des locaux, et s’ouvrir l’esprit. On est servis. Enfin, peut-être pas suffisamment car vous apprendrez plus tard, que nous réitérerons l’expérience auto-stop pour la suite de nos aventures en Patagonie. C’est devenu une drogue et une source de plaisir insoupçonnée.

Nous nous effondrons alors de fatigue dans le bus. Et c’est parti pour 9h de route avant d’arriver aux portes de la Patagonie.

Il est 6h30 du matin et nous entamons notre première journée à Puerto Madryn sans douche. Et oui, les bus, aussi bien équipés soient-ils, ne disposent pas encore de cabines de douche.

Mais ce n’est pas grave car nous sommes en Patagonie ! Ça y est, l’un de nos rêves se réalise.

Notre objectif pour les deux jours à venir est de visiter la Péninsule Valdes accessible depuis Puerto Madryn en voiture. La péninsule est un espace naturel protégé de 360 000 ha et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999. Elle est abritée des pluies par la cordillère des Andes et bénéficie d’une faune qui attire des millions de touristes chaque année. Si la flore est assez aride et monotone, la faune est d’une diversité à faire pâlir les zoos : guanacos ou camélidés sauvages apparentés aux lamas, Nandou de Darwin voisine de l’autruche, chevaux sauvages, moutons, maras ou lièvres de Patagonie et renards gris cohabitent dans les terres tandis que pingouins, éléphants de mer, otaries et goélands se partagent les côtes tant convoitées des orques, qui offrent un spectacle sans pareil, au moment de la chasse. Mais ce n’est pas encore la bonne période pour y être témoin.

En revanche, et nous ne nous sommes pas dépêchés d’arriver ici par hasard, c’est la saison idéale pour venir admirer, ce pourquoi la péninsule est si célèbre, la baleine franche australe. Et oui, de juin à Novembre, les baleines viennent se mettre en seine dans les eaux chaudes du Golfo Nuevo. Enfin, elles viennent surtout mettre bas et prendre soin de leur petit baleineau.

Nous sommes donc dans les temps. Ouf! À quelques semaines près c’était fichu. C’est donc excités comme deux enfants que nous nous empressons de louer une voiture à Puerto Madryn pour explorer la péninsule, à 1h de là, en long, en large et en travers, pendant 2 jours. Quelques courses pour tenir deux jours et hop, on file droit en direction de Sauvez Willy, euh, des baleines. D’ailleurs, quel bien fou de pouvoir faire des courses sans avoir peur de chopper un lumbago, enfin, surtout pour celui qui porte le plus. Bon toujours faute de pouvoir cuisiner, nous restons fidèles à notre meilleur ami le pain de mie, son jambon/fromage et notre combo fruits/cookies pour le plus gourmand. Allez en route !

La route qui nous emmène à la péninsule longe la côte. Avec un peu de chance, nous verrons déjà des baleines au loin. C’est donc à chaque plage que nous nous arrêtons, seuls au monde sur ces vastes étendues de sable blanc, à l’affût du moindre mouvement dans l’eau. La chance innée de Marc opère une énième fois pour notre plus grand bonheur : une queue de baleine s’agite à l’horizon. Waouh, on n’en revenait pas! On saute de joie. On veut maintenant les voir de plus près et pour cela, il faut se rendre à l’entrée de la péninsule, 100km plus loin, à Puerto Piramides, le port d’embarquement des bateaux qui proposent des têtes-à-têtes avec ces géants mammifères marins.

Nous arrivons à destination en fin de journée. Il souffle un vent très puissant. On se dirige vers les compagnies de bateaux et là, c’est le drame.. Que se passe t-il à votre avis? Marc a piqué le goûter de Solène? Non pire que ça : le port est fermé pendant deux jours pour cause de vent violent. Je vous laisse imaginer notre déception et notre rage quand un couple de français nous dit avoir pu faire l’excursion la veille et avoir vu des baleines. Les boules… Pour l’heure il faudra se contenter des photos et du squelette d’une baleine vus à l’office de tourisme de la péninsule.

Comme Marc le dit souvent, voyons le côté positif des choses, nous économisons 70€/pers pour cette excursion.

Toutefois, une partie de nous ne désespère pas. Histoire de se faire un peu plus mal, nous décidons de faire du camping sauvage sur la plage de Punta Madrenas (seul endroit de la péninsule où le camping sauvage est toléré), à quelques km du port car on lit sur des blogs qu’il est possible d’y voir des baleines. Sur la plage, nous ne sommes pas tout seuls. Trois camping cars allemands y ont tiré frein à main et nous accueillent chaleureusement. Nous assistons à un sublime coucher de soleil que nous contemplons face à la mer. On oublie tout. Plus tard, le vent nous dissuadera de planter la tente et nous contemplerons les étoiles et la fameuse pleine lune du 14 novembre depuis notre petite clio.

Nous nous réveillons aux aurores pour, cette fois ci, assister à un splendide lever de soleil. C’est magnifique. Ce contraste entre un vent glacial, la houle qui frappe les rochers et un soleil levant brûlant qui vient dorer et apaiser les horizons nous fait chaud au cœur. Nous entamons notre deuxième journée sans douche, mais avec le sourire.

Au programme : faire le tour de la péninsule. Nous le ferons pas seuls puisque nous croisons deux auto-stoppeurs allemands sur notre route. Comment passer à coté d’eux sans les prendre après ce que nous avons, nous-mêmes, vécu ? À nous de mettre le pied à l’étrier et de donner un coup de pouce.

Malgré l’état chaotique des routes qui nous oblige à rouler à 50km/h et la redondance des paysages plats et désertiques que nous traversons sur près de 400km, nous vivons un instant inoubliable en présence des éléphants et lions de mer et surtout des pingouins. Chacun y va de son petit numéro ! On se marre.

Après cette belle journée, nous décidons de retourner passer une nuit sur la plage de la veille. On ne se lasse pas des couchers et levers de soleil. Au petit matin, nous reprenons la route vers Puerto Madryn et nous entamons donc notre troisième journée sans douche. Nous troquons la voiture contre notre pouce et partons vers la région des lacs où des missions de volontariat nous attendent. Au programme : des rires, des pleurs, des rencontres inattendues, des paysages à couper le souffle, des peurs et des merveilles de la nature. Mais on ne vous en dit pas plus.

La suite au prochain épisode,

Pour revivre l’expérience en vidéo, c’est ici :

On vous embrasse.

So & Marc


6 réflexions sur “En auto-stop jusqu’à Puerto Madryn

  1. Dommage pour les baleines…mais votre aventure n’est pas finie!!!
    Comment ne pas vous prendre en auto-stop, vous êtes un couple très sympa.
    Si je pouvais je vous enverrais une tente mais comment faire?
    Heureuse de voir que même quand vous traversez des épreuves, vous les surmontez et vous gardez le sourire. Rendez-vous compte de la tonne de souvenirs que vous allez partager dans l’avenir…
    De gros bisous à tous les deux et je suis fière de toi Solène.

    Aimé par 1 personne

  2. Un grand moment plein d’émotions, vos sourires sont si beaux !!
    D’abord, J’ai bien aimé la photo avec le guide argentin, on aurait dit un familier ; avec ton physique de beau ténébreux, Marc, tu ne dois avoir aucun mal à te fondre dans le paysage pour gérer les extrêmes 😉
    Je ne me lasse pas des récits sur vos expériences humaines. Vous en aurez des souvenirs …..
    Autre belle découverte : la rubrique « A propos ». J’ai souri en apprenant votre caractéristique personnelle ; celle de Marc, seule Solène pouvait la trouver : « avoir une soeur jumelle blonde aux yeux bleus ». C’est peut-être cela savoir gérer les extrêmes. Et toi, Solène, bravo à toi, cela ne doit pas être évident de porter de tels sacs quand il faut marcher parce qu’on n’a pas le choix.
    Enfin, j’ai eu l’impression que vous vous sentiez presque comme chez vous dans cette pampa, au milieu de nulle part, si différente de nos paysages verdoyants.
    Je vous souhaite tout plein de belles découvertes, et puis pour les baleines, vous aurez le Canada pour les découvrir, un jour …peut-être.
    Et toujours prudence.
    Gros bisous à vous
    Yrmum89

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  3. Ah !! contente que mon message n’ait pas été englouti dans les flots.
    C’est vrai que nos petits lits douillets classiques n’ont rien à voir avec l’intérieur d’une voiture de location ou celui d’une tente à peine étanche, mais la soirée passée avec votre belle rencontre qu’a été celle de l’avocat Fernando à base de fromages locaux, de bière artisanale et d’échanges, a de quoi faire quelques envieux !!
    Au fait, dans quelle langue avez-vous échangé ?
    Bisous à vous !!!

    Aimé par 1 personne

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